Entretien avec la Dre Paloma Tejero

DRA. PALOMA TEJERO
Médecin esthétique, présidente de GEMEON, directrice du Master de Médecine Esthétique de l’Université d’Alcalá et membre d’honneur de la SEME.

Pourquoi avez-vous choisi de vous consacrer à la médecine esthétique ?

J’ai toujours su que je voulais devenir médecin. Je ne me suis jamais imaginée faire autre chose. Et pourquoi la médecine esthétique ? Une amie m’a invitée à Paris juste après la fin de mes études de médecine pour assister au Congrès de la Société Française de Médecine Esthétique. À cette époque, la Société Espagnole de Médecine Esthétique n’existait pas encore. J’ai immédiatement été séduite par cette discipline. Je me suis dit : c’est exactement ce qui me correspond. Je voulais allier la santé, la beauté et le bien-être. Et surtout, je souhaitais être au plus près des personnes, de mes patients.
J’ai commencé une spécialisation en hydrologie, car elle me semblait être la discipline scientifique la plus proche de ce qui pouvait servir de base à la médecine esthétique. Depuis, je n’ai jamais quitté cette voie.  

Comment percevez-vous la médecine esthétique aujourd’hui ?

Eh bien, je ne dirais pas que je vois la situation de manière très positive. Elle m’inquiète. Elle m’inquiète parce que beaucoup de personnes ont banalisé la médecine esthétique, en la considérant comme quelque chose de superficiel ou de facile. Certains pensent : « Je ne passe pas l’examen du MIR, je fais de la médecine esthétique. »
Il faut pourtant être parfaitement conscient qu’il est indispensable d’être un bon médecin. Comme nous le disons toujours, il s’agit de la Médecine avec un grand M. Cette discipline exige une formation approfondie pour pouvoir être exercée correctement. Chaque jour, les données scientifiques nous apportent de nouvelles preuves sur les bonnes pratiques et les connaissances que nous devons maîtriser. C’est pourquoi il est essentiel d’étudier, de se former en permanence et, bien sûr, de développer une véritable habileté technique.  

Comment voyez-vous l’avenir des médecins esthétiques ? 

L’avenir des médecins esthétiques sera celui qu’ils choisiront de construire. Nous savons que personne ne pourra faire disparaître le besoin  de médecine esthétique. La société en exprime une demande croissante. Nous sommes de plus en plus conscients qu’il s’agit d’une médecine du  bien-être, et c’est pourquoi les médecins esthétiques  ont toute leur place.
Le véritable enjeu est de parvenir, une bonne fois  pour toutes, à créer une spécialité, ou du moins une accréditation officielle, qui permette de faire reconnaître la médecine esthétique et d’assurer  une formation claire et rigoureuse à ceux qui souhaitent exercer cette discipline, avant de leur accorder une  reconnaissance officielle. Voilà la clé : l’avenir des médecins esthétiques repose sur la formation, les connaissances et la reconnaissance.

Quels sont les traitements les plus demandés actuellement ? 

En ce qui concerne les traitements esthétiques les plus demandés, il n’y a aucun doute : la toxine botulique et les injections d’acide hyaluronique occupent les premières places. Et ensuite ? Je dirais que le plus important est la combinaison de traitements, avec pour objectif de rajeunir, d’améliorer l’apparence et de préserver un résultat naturel. Les traitements du visage restent d’ailleurs beaucoup plus demandés que les traitements corporels.
Mais, à vrai dire, je nuancerais cette réponse. Je ne dirais pas simplement « toxine botulique et produits de comblement ». Je déplore souvent que certains médecins esthétiques ne veuillent faire qu’une seule chose : injecter, injecter, injecter… À mon sens, l’essentiel est avant tout de poser un diagnostic précis, de personnaliser chaque prise en charge, puis de combiner les traitements les plus adaptés. C’est pourquoi j’insiste sur l’importance d’une approche globale, associant différentes techniques afin d’atteindre nos véritables objectifs : la santé, la beauté et le bien-être.


Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre profession ? 

Vous me demandez ce qui me plaît le plus dans ma profession… Ouf ! Je dirais que j’aime absolument tout. Mais, au-delà de cela, ce que j’apprécie le plus est de pouvoir être très proche de mes patients, échanger avec eux, les écouter et les aider à se sentir bien, à aller mieux et, d’une certaine manière, à devenir les acteurs de leur propre bien-être. Les aider à être les protagonistes de leur santé, car nous contribuons à ce qu’ils se sentent mieux, tant physiquement que moralement.
Le contact direct avec les personnes, ainsi que la possibilité d’agir et de constater les résultats, est essentiel pour moi. Je réalise le traitement, j’en observe les effets et j’en évalue les bénéfices. C’est ce qui fait toute la beauté de mon quotidien.

Quel rôle jouent les associations dans le secteur ? 

Les associations de médecine esthétique ont joué un rôle essentiel dans le développement et la reconnaissance de cette discipline, notamment en matière de formation. Je suis membre d’honneur de la Société Espagnole de Médecine Esthétique, dont j’ai également fait partie du conseil d’administration. Je préside l’Association de Médecine Esthétique de Castille-La Manche et  je suis vice-présidente du Groupement des Médecins Experts en Médecine Esthétique Oncologique.
Je suis convaincue que ces trois organisations œuvrent dans une même direction : obtenir la reconnaissance de la médecine esthétique, un objectif qui nous demande encore beaucoup d’efforts. Elles accompagnent les médecins afin qu’ils soient reconnus, qu’ils bénéficient d’une formation de qualité et qu’ils entretiennent des relations avec les institutions, qu’il s’agisse des pouvoirs publics, des universités ou des entreprises. Je considère que ce rôle de représentation et de médiation assuré par les différentes associations est fondamental.

Aujourd’hui, la médecine esthétique s’est également développée dans des domaines tels que la médecine esthétique oncologique… Quel rôle y joue-t-elle ? 

Si l’on tient compte des chiffres qui montrent l’augmentation du nombre de patients atteints de cancer, mais aussi, heureusement, l’amélioration de leur taux de survie, il est évident que nous accueillerons de plus en plus de ces patients dans nos consultations. Qui viendra nous consulter ? Des patients qui sont en cours de traitement, qui ont été traités ou qui ont des antécédents de cancer.
Il est donc indispensable de bien connaître cette pathologie, de comprendre les interactions entre les traitements oncologiques et nos traitements de médecine esthétique, ainsi que l’impact que certaines de nos interventions peuvent avoir sur des techniques de diagnostic, par exemple.
Mais surtout, il faut savoir que la médecine esthétique joue un rôle essentiel à chacune des étapes de la maladie : dans la prévention, dans la prévention des effets indésirables, pendant les traitements afin d’en limiter les effets secondaires, puis, une fois cette phase terminée, pour aider le patient à retrouver son image.
Le pouvoir thérapeutique de l’image est aujourd’hui reconnu à l’échelle internationale, et tous les patients ont droit à une prise en charge globale. C’est pourquoi la médecine esthétique oncologique doit pleinement trouver sa place. Son rôle consiste à utiliser les techniques que nous maîtrisons déjà, tout en les adaptant aux besoins spécifiques de ces patients.  

Cette adaptation est indispensable. Elle exige une parfaite compréhension des besoins du patient, en gardant toujours à l’esprit qu’il s’agit d’un patient fragile, auquel il faut apporter, à chaque étape, les soins les plus appropriés. Et, comme nous l’avons évoqué, sans jamais oublier le rôle essentiel de la prévention : prévention de la maladie, prévention des récidives et prévention des effets indésirables, domaines dans lesquels la médecine esthétique a toute sa place.  

Les étudiants des masters … sont-ils de mieux en mieux préparés chaque année ?

 

Si vous me demandez si les étudiants sortent aujourd’hui des masters  suffisamment préparés, je vous répondrai qu’il est avant tout essentiel de choisir un master  de qualité. Un bon master  ne peut pas être entièrement en ligne, ni se résumer à un diplôme obtenu en quelques jours. Il est indispensable de respecter le volume d’heures de formation prévu et que cette formation soit, au minimum,  hybride.
Il est vrai que de nombreux enseignements peuvent être suivis à distance et que l’on peut étudier chez soi. Cependant, le contact avec les enseignants reste fondamental : pouvoir échanger avec eux, poser des questions, partager ses doutes avec les autres étudiants. Et surtout, il est indispensable de s’entraîner et de réaliser des travaux pratiques. Sans habileté technique, sans avoir pratiqué les gestes au préalable, il est très difficile de les réaliser ensuite en toute sécurité sur nos patients.

Quel rôle la formation spécialisée joue-t-elle dans le développement du secteur ?

La formation spécialisée est essentielle au développement du secteur. En effet, ce n’est qu’en acquérant des connaissances solides que nous pouvons être exigeants, par exemple dans le domaine des produits de comblement. Si je ne possède pas les connaissances nécessaires, si je ne sais pas quel type de produit correspond à chaque indication, je ne pourrai pas demander au laboratoire ou au fabricant de concevoir les produits répondant à ces besoins. Si je ne sais pas comment prendre en charge un effet indésirable, je rencontrerai de nombreuses difficultés lors de leur utilisation.
J’ai donc besoin de connaissances, et celles-ci se traduisent également par une relation plus exigeante avec l’industrie. Aujourd’hui, nous attendons des laboratoires qu’ils travaillent avec rigueur, efficacité et qu’ils offrent toutes les garanties nécessaires, tant pour les praticiens que pour leurs patients.  

Quel est aujourd’hui le principal défi de la médecine esthétique ?

Le principal défi de la médecine esthétique, et celui de notre avenir, est avant tout sa reconnaissance. Je suis convaincue qu’il est de plus en plus important que notre discipline soit officiellement reconnue afin de pouvoir lutter contre un problème qui nous préoccupe énormément : l’exercice illégal de la médecine esthétique.
Il ne s’agit évidemment pas d’une question d’intrusion entre médecins, mais bien de l’intervention d’autres professionnels, qu’ils soient issus ou non du secteur de la santé, qui, sans la formation requise, sans être médecins et sans maîtriser pleinement cette discipline, s’arrogent le droit de pratiquer la médecine esthétique.  

La médecine esthétique est une discipline exclusivement réservée aux médecins. Je pense que cela doit être parfaitement clair. C’est pourquoi notre avenir passe par une formation continue et un apprentissage permanent. Il est également essentiel que les patients exigent que la médecine esthétique soit pratiquée par des médecins et que, de notre côté, nous soyons capables de répondre à cette attente avec le plus haut niveau de qualité.
Notre défi est aussi de faire entendre notre voix auprès de toutes les institutions afin d’obtenir la reconnaissance officielle dont notre discipline a tant besoin. Cette reconnaissance permettra d’éviter de nombreux problèmes et contribuera à garantir une pratique sûre et de qualité.
La médecine esthétique : par des médecins, pour les médecins.